Fièvre

 

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Introduction et définition

En pratique, à partir de quelle température parle-t-on de fièvre ? Tout dépend de la façon dont on la mesure.
La prise de température la plus fiable est la mesure rectale pour les jeunes enfants, et la mesure orale pour les autres (en gardant la bouche fermée).

MesureEnfantAdulte
orale37,537,7
rectale3837,5
axillaire37,237,2

Les thermomètres d’oreille mesurent la température du tympan. Pour avoir une mesure fiable, il faut bien orienter le thermomètre sur le tympan et nettoyer le conduit auditif au préalable pour que le tympan soit accessible. Les bandes de papier qui changent de couleur à la température sont moins précises.

Enfin, attendez-vous à une température plus élevée à la fin de l’après-midi et le soir que le matin. La fièvre ne fait qu’accentuer les variations normales de la température au cours de la journée.

Pour assurer sa température de 37 °C, notre corps produit de la chaleur. Elle est le résultat des réactions enzymatiques nécessaires pour produire de nouvelles molécules ou pour désassembler les molécules à éliminer, est récupérée par le sang qui la distribue dans tous les tissus. Ces réactions du métabolisme tissulaire ont lieu dans chaque cellule. Les deux plus grands organes producteurs de chaleur sont le foie et les muscles. Une autre source de chaleur provient de la chaleur absorbée de l’environnement.

Notre corps perd de la chaleur en permanence, principalement par trois mécanismes :

  • l’évaporation insensible de sueur (en terme technique, la perspiration)qui aboutit, sous nos latitudes, à la perte d’environ 12 ml/kg, soit plus de 700 ml d’eau par jour pour l’adulte,
  • le rayonnement de la chaleur transportée par les vaisseaux sanguins de la peau, qui agit comme un radiateur,
  • l’air que nous expirons, qui a été chauffé à la chaleur du corps dans les poumons.

Pour maintenir constante sa température, notre corps doit assurer un contrôle continu de sa production et de sa déperdition de chaleur.
Ce contrôle s’effectue dans une région du cerveau appelée hypothalamus. L’hypothalamus reçoit de nombreuses informations sur la chaleur interne de notre corps : il contrôle en permanence la chaleur du sang et celle de l’abdomen.

Notre corps doit également s’adapter aux variations de chaleur de l’environnement. C’est pourquoi il reçoit également des informations sur la chaleur externe et la chaleur de notre corps par l’intermédiaire de la peau.

En fonction de ces informations, l’hypothalamus agit comme un thermostat.

L’hypothalamus agit comme le thermostat d’une installation de chauffage

Augmentation de la température du corps

Si la chaleur de notre corps est trop basse, il a trois mécanismes à sa disposition pour corriger la situation :
  • Il va nous faire ressentir une sensation de froid, et nous pourrons agir en conséquence : mettre un pull, augmenter le chauffage de la pièce, quitter l’ombre pour aller au soleil, etc.
  • Il va aussi diminuer la déperdition de chaleur en diminuant la transpiration et en fermant les vaisseaux sanguins de la peau, qui deviendra plus blanche ou plus pâle, puisque sa couleur est due en partie au sang qui l’irrigue.
  • Il va enfin augmenter la production de chaleur en augmentant le métabolisme, mais surtout en faisant appel à la chaleur produite par les muscles en action : nous allons trembler, ou nous mettre à marcher ou courir pour nous réchauffer.
Koorts

Diminution de la température du corps

Si notre température est trop élevée, quatre mécanismes peuvent intervenir :
  • la sensation de chaleur que nous ressentons va nous pousser à enlever des couches de vêtement, pour permettre une meilleure dissipation de notre chaleur interne vers l’extérieur,
  • nous allons nous mettre à transpirer, de façon visible cette fois, avec des gouttes de sueur perlant sur notre peau, jusqu’à mouiller nos vêtement ou nos draps de lit.
  • les vaisseaux de notre peau vont s’ouvrir au maximum, et la rougeur de notre peau va s’intensifier.
  • nous allons nous mettre au repos, pour ne pas produire de chaleur musculaire.
Koorts

Tous les mécanismes de régulation de la température du corps entrent en jeu dans la fièvre.

Pour différentes raisons et par des mécanismes compliqués, le thermostat dans l’hypothalamus va se régler sur une température plus élevée que notre température idéale de 37 °C. Supposons 39 °C. La température de notre corps étant trop basse par rapport au réglage sur 39 °C, le « chauffage » se met en marche.

Nous nous sentons frigorifiés jusqu’à l’os, nous nous couvrons et nous rapprochons d’une source de chaleur, notre peau est froide et nous nous mettons à trembler. C’est bien ce qui se passe lors d’une poussée de fièvre, n’est-ce pas ?

Les 3 étapes de la fièvre : 1) la poussée 2) le maintien 3) la résolution

La fièvre a mauvaise réputation. Notre premier réflexe est de la supprimer. Après tout, ce n’est pas une maladie en soi, juste un signal d’alerte indiquant que quelque chose se passe mal dans notre corps. Au médecin de trouver et de soigner sa cause.

Cependant, la réalité est plus nuancée. Il faut traiter la fièvre quand elle atteint des niveaux trop élevés qui présentent un danger immédiat et vital. Il est impératif de combattre la fièvre chez les patients fragiles, tels les bébés, les cardiaques, ou les diabétiques. Il est justifié de chercher à la diminuer quand elle provoque trop d’inconfort.

Mais la fièvre a aussi son utilité.

On ignore trop souvent que la fièvre est plus qu’un signal d’alarme, c’est aussi une réaction de défense utile de notre organisme contre l’infection. En augmentant le métabolisme, elle crée les conditions propices à l’activation des mécanismes de défense de notre corps. Elle transforme aussi le corps en un terrain moins favorable pour la multiplication rapide de ces agents infectieux ; moins nombreux, ils seront plus facilement éliminés par nos défenses naturelles. En outre, certaines bactéries produisent des substances très toxiques qui seront neutralisées par la chaleur.

Toutefois, les inconvénients et les risques de la fièvre sont plus importants que ses bénéfices. La fièvre doit être traitée chaque fois que nécessaire.

La fièvre se bat pour nous, pas contre nous

Un petit pourcentage d’enfants (2 à 5 %) présente des convulsions. Les convulsions apparaissent le plus souvent chez les enfants âgés de 6 mois à 6 ans, et plus souvent chez les garçons que chez les filles. Ce qui les déclenche n’est ni le niveau ni la durée de la température, mais la rapidité de la montée ou de la descente de la température.

La crise ne dure pas plus que 15 minutes, souvent moins. Le corps se raidit, les bras et les jambes se mettent à trembler, l’enfant est inconscient. Il peur uriner ou déféquer durant la crise, ou même vomir.

Il ne faut pas essayer d’intervenir, si ce n’est pour empêcher l’enfant de se blesser.

La plupart des enfants et des adultes supportent bien la fièvre

Quand la fièvre est installée, que la température du corps est en accord avec le réglage du thermostat, nous nous sentons mieux, mais pas en forme. Ce niveau de température ne nous convient pas.

Nous sommes mal dans notre peau, remplis de courbatures, la tête lourde ou douloureuse, la bouche sèche. Nous pouvons devenir nerveux et irritable, nous perdons notre appétit et parfois aussi notre soif, nous n’arrivons pas à trouver le sommeil. Et en plus, notre métabolisme fonctionne en surrégime, puisant dans nos réserves, ce qui nous affaiblit considérablement.

En nous touchant, les autres sentent que nous sommes plus chaud que la normale.

Si le réglage du thermostat est de nouveau changé, et réglé sur une température inférieure à 39 °C, parce que nous avons pris un médicament pour faire baisser la fièvre par exemple, que se passe-t-il ?

Les mécanismes de notre corps pour faire baisser la température se mettent en activité : nous avons trop chaud, nous nous découvrons, notre peau devient rouge, nous transpirons tant et plus, et nous sommes vidés de toute énergie. Rien de plus normal, en fait.

La fièvre utilise les mécanismes normaux de la régulation de la température du corps

Causes

Quand le thermostat est-il déréglé ? Le plus souvent, c’est lors d’une infection. Il peut s’agir d’un virus comme dans la grippe, d’une bactérie comme lors d’une angine, etc. Les agents infectieux et les cellules de défense de notre corps libèrent alors des substances qui vont agir sur le thermostat.

Ces mêmes substances seront aussi libérées lors de l’activation des cellules de défense de notre corps quand elles se battent contre un corps étranger ou des cellules cancéreuses, lors des réactions inflammatoires caractéristiques de certaines maladies, etc. Ce sera le rôle du médecin d’envisager toutes les possibilités.

L’importance de la fièvre n’est pas liée à la gravité de la situation. De plus, notre thermostat subit l’usure de l’âge. Les jeunes enfants font rapidement des poussées de fièvre très élevée, alors que les personnes âgées ont moins de fièvre dans les mêmes situations.

L’importance de la fièvre n’est pas liée à la gravité de la situation.
Attention ! Un bain froid peut augmenter la fièvre.

Traitement

Le paracétamol dans le traitement médicamenteux de la fièvre

Le paracétamol agit directement sur le thermostat en diminuant la température « affichée ». C’est un médicament qui peut être prescrit aux jeunes enfants (qui ne peuvent pas recevoir d’acide acétylsalicylique ), aux adultes et aux femmes enceintes, pour autant qu’ils ne présentent pas de contre indication.

Il faut plus de 2 heures avant que le paracétamol n’atteigne son activité maximale.

Respectez les doses maximales, ainsi que les intervalles conseillés entre deux administrations, sous peine d’atteindre des concentrations du médicament qui sont toxiques pour le foie.

Effets du paracétamol (15 mg/kg) par voie orale chez 210 enfants fiévreux, âgés de 6 mois à 6 ans (Gupta H et coll. 2007)

Mesure2 h4 h6 h
% de réduction de la température70,3%85,4%87,6%
% d’enfants devenus afébriles27%47%49%
% d’amélioration du confort18%37%

Conseils

Voici quelques conseils à respecter chez la personne fiévreuse.

  • Etant donné que la chaleur du corps est essentiellement produite par l’activité du foie et des muscles, il est préférable de ne pas manger d’aliments lourds ou difficiles à digérer, et de se reposer.
  • Comme le patient fiévreux perd beaucoup d’eau, il doit boire autant qu’il en a envie, et se forcer à boire s’il n’en ressent pas le besoin.
  • Pour permettre à la chaleur excessive de s’évacuer par rayonnement, il ne faut pas enfuir le patient sous des couvertures. Il faut l’habiller légèrement, et ne pas surchauffer la pièce dans laquelle il se trouve.
  • Plonger la personne dans un bain froid pour faire baisser rapidement la température est une manœuvre à réaliser avec prudence.

Comment aider notre corps à évacuer sa chaleur en excès ?

La température de l’eau et du patient au moment où il va entrer dans le bain doivent être mesurées pour éviter un écart de plus de 2°C.

En effet, si la froideur de l’eau est trop importante, les vaisseaux de la peau vont se fermer par réflexe et la chaleur sera conservée à l’intérieur du corps. Si en plus le patient frisonne, la fièvre va augmenter plutôt que diminuer.

Allan G et al, Health Technology Assessment 2009, 13: 1-62 Gupta H et al, Indian Pediatrics 2007, 44: 903-911 Dalal S et al, J Support Oncol 2006, 4: 9-16